Introduction
Des intérêts financiers qui n'ont pas le temps d'attendre
II ne s'agit pas de faire ici le procès de l'obscurantisme, d'opposer le paysan conservateur et rétrograde au scientifique philanthrope ou, tout au contraire, le savant fou aux chantres bucoliques de la nature généreuse. Il s'agit simplement d'évaluer avec prudence si tel ou tel apport de la science offre un réel intérêt en regard du projet de société qui est le nôtre. Il s'agit donc moins d'un débat de scientifiques ou d'environnementalistes que d'un authentique débat citoyen appelé à tracer les contours de la société de demain.
Car un problème d'une ampleur nouvelle se pose : jamais auparavant le décalage entre les découvertes scientifiques et leurs applications techniques n'avait été aussi court. Le génie génétique offre aujourd'hui des applications innombrables qui se succèdent à un rythme effréné. Et cette cadence infernale ne nous permet plus d'en mesurer, avec toutes les garanties indispensables, les dangers éventuels.
Le problème des OGM n'est qu'une question de temps et d'argent. En effet, les multinationales technocrates qui les fabriquent n'ont pas le temps d'attendre qu'une innocuité totale et indiscutable soit démontrée. Il leur faut une rentabilité immédiate des investissements colossaux qu'elles ont consentis. Là est le vrai problème, le seul vrai problème. Bien plus que la qualité intrinsèque des "produits OGM" dont aucune autorité scientifique ne peut aujourd'hui se prévaloir de connaître le véritable potentiel, c'est le contexte même, l'organisation même de l'exploitation du savoir qu'il faut mettre en question. La chose est donc foncièrement d'ordre politique. Mais les politiques renâclent à l'accepter...
Il ne s'agit absolument pas de s'opposer à la recherche fondamentale confinée dans le secret des laboratoires, ni de nier l'intérêt des applications médicales du génie génétique, même si celles-ci soulèvent d'innombrables débats éthiques dont nos sociétés devront évidemment se saisir en temps opportuns. Mais ceci est déjà une toute autre question.